Exit le paradis

Martine Mounier

Vivre sa vie, voilà le privilège de chacun. Encore faudrait-il savoir comment s’y prendre !
Le jour où Pauline se lance avec désinvolture dans une conversation sur Internet avec Sara, le virtuel s’invite dans son quotidien et le rend de plus en plus pesant.
Les vraies priorités, les vrais désirs vont alors se dévoiler. Le sens de sa vie, peut-être…

mai 03 - 185 pages
prix : 15 Euros
ISBN : 2-913066-14-3

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Extraits…

" (...) Sara se glissait dans les failles de ma vie. Elle comblait un manque : celui de la légèreté qui faisait défaut au-dehors. Elle m’offrait des sourires et du rêve. De notre complicité naissante, je ne mesurais ni la part, ni le poids, ni l’impact futur. S’il m’arrivait parfois de ne plus considérer cette histoire comme en marge de ma vie, je pensais rester lucide. Je savais les raisons qui faisaient le charme et l’attrait de cette liaison. J’adorais cette disponibilité que nous avions l’une pour l’autre pendant des heures. J’aimais la trace que faisaient les mots en nous. Notre mémoire commune s’inventait et se fortifiait chaque jour, elle faisait feu de tout. Chaque manière d’écrire était un signe. Chaque message un souvenir. Le lieu avait ses modalités, l’usage qu’en faisait chaque personne trahissait sa personnalité. Jamais l’expression « lire entre les lignes » n’avait été aussi appropriée.(...)"

*

" (...) — D’ailleurs à ce propos, je trouve que tes Évangiles ne font pas la part belle aux femmes ?
— Que veux-tu dire ?
J’allai répondre quand une voix me souffla les mots de la bouche :
— Ça manque d’héroïnes.
La fille s’amusa de mon étonnement. Le prêcheur dut croire que nous étions amies, il répliqua :
— Que faites-vous de Marie, la mère de Jésus ?
— Bon d’accord il y a Marie et Marie-Madeleine, mais franchement, une vierge et une putain je ne trouve pas ça tellement représentatif, moi. Comment voulez-vous que l’on se sente concernées ! Ils étaient combien déjà ?
— Douze, dis-je, certaine que c’était des apôtres dont elle voulait parler.
— Douze ! Il aurait quand même pu prendre une nana dans son équipe de bénévoles (...)"

*

"(...) — Tu reviens toujours à des différences entre les hommes et les femmes, fit Romain irrité.
— Ça me paraît tellement crucial !
La carafe arriva enfin sur notre table. Je remplis nos verres. Je bus. Je repris :
— C’est fou quand tu penses que tout le monde s’accorde à reconnaître l’extrême difficulté qu’il peut y avoir à vivre avec je sais pas moi, disons un étranger, ou quelqu’un d’un tout autre milieu social que soi, quelqu’un qui a un handicap tiens, quelqu’un de très différent en tout cas, alors qu’on oublie généralement que vivre avec quelqu’un du sexe opposé c’est se coltiner avec une putain de différence fondamentale… Tu ne trouves pas ça dingue ?
— C’est la nature.
— C’est la norme tu veux dire !
— Depuis le temps qu’ils vont de pair, ils ont appris à vivre ensemble.(...)"