A l'origine

Karen X. Tulchinsky

Nomi s’est installée à San Francisco pour vivre avec Sapphire qui décide soudainement d’explorer son hétérosexualité. Rien ne va plus. Quant à sa mère, elle choisit cette période trouble pour se remarier et la réclamer d’urgence à Toronto.
Cette perspective n’enchante pas Nomi. Des retrouvailles inattendues avec son cousin Henry et le charme irrésistible de Julie vont cependant donner à cette escapade canadienne, une tournure imprévue, riche en couleurs et en péripéties.

nov 04 - 279 pages
prix : 17 Euros
ISBN : 2-913066-19-4

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Extraits…

" (...) Suis-je toujours amoureuse de Sapphire ? Je l’examine pour tenter de définir ce que je ressens. Colère. Regret. Indifférence. Ce qui s’est passé hier soir ne peut avoir qu’une signification : c’était la dernière fois qu’on baisait. L’ultime plongeon, en souvenir du bon vieux temps. Une tradition lesbienne ancestrale, comme s’installer ensemble après le deuxième rendez-vous, ou être les meilleures amies du monde après la rupture. Un rituel honoré de tout temps, auquel on ne déroge jamais. L’instinct lesbien, en somme, comme le saumon remontant la rivière pour frayer. (...)"

*

" (...) — Tu ne vas pas enfiler une robe, Nomi ? Et tes cheveux… enchaîne-t-elle avant que j’ai pu essayer de répondre à la première salve, qu’est-ce que tu as fait à tes cheveux ?
La dernière fois que j’ai vu Rhoda, c’était pour l’inauguration de la matséva de mon père. Je portais les cheveux plus longs à l’époque ; Sapphire les aimait bien comme ça.
— De quoi veux-tu parler, Tante Rhoda ? dis-je avec un battement de cils innocent.
— De quoi je veux parler ? À ton avis ? Ils sont vraiment courts. (...)
— Tu ressembles à un garçon.
Cette remarque me blesse. J’ai essayé pourtant. J’ai emprunté la veste de Betty et je n’ai pas mis ma ceinture. Ma chemise sort du pressing.
— Toi aussi tu es superbe, Tante Rhoda. Est-ce que tu as pris du poids ? (...)"

*

"(...) — Bordel, Henry. Regarde ce qui t’est arrivé ! Tu aurais pu mourir sur cette putain de Church Street. Tu ne comprends donc rien ?
— Roger, ils ont voulu casser du pédé. De quoi tu parles?
Je remue ma Jell-O jusqu’à ce qu’elle devienne liquide.
— Ouais Henry. Mais pourquoi tu crois qu’ils t’ont choisi ?
Je le regarde fixement.
— Je ne sais pas. Mon joli petit cul ?
Il soupire.
— Henry, qu’est-ce que tu portais quand tout ça est arrivé ?
Je hausse les épaules.
— Un jean, un pull, un blouson en cuir.
Il hoche la tête plusieurs fois. Puis il se dirige vers le placard en métal gris à l’autre bout de la pièce, en retire mon blouson en cuir noir, le tourne pour m’en montrer le dos.
— Ça, Henri. C’est de ça que je te parle.
— Oh.
Il y a des autocollants partout sur mon blouson. «Silence = Mort». «L’hétérosexisme tue». «Nation Queer». «Les gouines au pouvoir». «Boycottez Shell». «Nous sommes tous des victimes innocentes». «Prends-moi dans tes bras, j’ai le sida».
— D’après toi, qui ils vont choisir, dans la rue ? Moi ? Ou toi ?
— Roger, je ne veux pas me cacher.
— Je ne te demande pas ça. Mais est-ce qu’il faut absolument que tu provoques les gens ?
Je n’ai jamais vu Roger dans une telle colère. Mais c’est de ma vie qu’il s’agit. L’activisme, c’est ma façon d’exister.(...)"