Chassés-croisés au 37

Cécile Bailly

À Besançon, en ce dimanche de mars, on vient de retrouver morte une jeune écrivain, Iris Malher.
Alors qu’elle pensait passer une journée tranquille auprès de sa compagne, le commandant Sen-Yin Nô est appelée sur les lieux.
Rapidement, constatations et interrogatoires d’usage vont s’enchaîner et mettre en évidence les jalousies au sein du paysage artistique local. Les mobiles et les suspicions vont s’accumuler. Une amante éconduite, une troupe théâtrale au succès grandissant, une histoire de drogue…
À Sen-Yin Nô d’apporter les réponses aux questions rituelles dans ces circonstances : qui ? et pourquoi ?

janvier 05 - 185 pages
prix : 15 Euros

ISBN : 2-913066-20-8

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Extraits…

"(...) — Iris Malher, chef. Morte vraisemblablement par strangulation. Mais un coup violent a été porté derrière le crâne. On pense au crime crapuleux : c’est le Bronx, dans cet appart, il a dû être bien retourné ! D’après les voisins, elle sortait beaucoup, mais discrètement. Ah, j’ai noté, là, quelqu’un dit avoir remarqué un rôdeur vers minuit. Un peu vague comme témoignage. Bon. Vous verrez par vous-même.
— Qui a découvert la victime ? demanda Sen en le précédant dans l’escalier.
— Une certaine Léonie Farandol. Marrant, comme nom. Elle attend chez les voisins de gauche avec le gardien Farouk. Elle paraît drôlement choquée. Difficile d’en tirer quelque chose. Je ne comprends toujours pas ce qui l’a amenée ici. Ah, une jeune nana, Agathe Calmel, vient d’arriver. Une amie proche de la victime, apparemment. (...)"

*

"(...) La fliquette avait essayé d’être compatissante et compréhensive. Mais Léonie n’avait rien pu dire. Elle avait laissé des larmes muettes couler sans trêve de ses yeux maintenant brûlants, son corps s’était figé sur le bord du canapé vert. Des souvenirs lui remontaient par flashes. Cette pièce pourtant minable lui rappelait le salon d’Iris où elles avaient maintes fois fait l’amour ces quatre dernières années. Et bien que depuis cinq mois ce ne fut plus si fréquent, les émotions, elles, étaient vivaces, voire plus puissantes encore. Tout ça était fini désormais ? La béance de l’existence, soudain si évidente, la fit flancher une seconde. Une nausée monta, qu’elle réprima d’une contraction. Elle resserra ses mains jointes sur ses cuisses. Un nouveau frisson la parcourut. (...)"

*

"(...) Sen s’approcha. Son désir montait à mesure que la distance rétrécissait. Lorsqu’elle fut à deux pas de Jeanne, celle-ci, percevant certainement sa présence, fit volte-face.
— Sen ! Tu m’as fait peur !
— N’aies pas peur, ma chérie…
Sen avait murmuré ces mots avec volupté. Puis sans prévenir, saisissant les poignets de son amie, elle la retourna face l’évier. Ses mains vinrent se plaquer contre ses hanches et des baisers fougueux, à la limite de la morsure, s’acharnèrent sur la nuque offerte de Jeanne.
— Hummm, Sen, mais qu’est-ce que tu…
— Chut… Laisse-toi faire… je vais te rappeler qui est le chef, ici.
Cela faisait partie de leurs jeux. En quinze années de vie commune, rien n’était venu altérer leur désir et encore moins leur imagination en matière de sexe. Elles aimaient faire l’amour, elles aimaient aussi jouer des plaisirs. Sen avait bien eu des aventures, quelques-unes, très peu et sans conséquences. Mais depuis cinq ans, c’était fini. Jeanne avait toujours été informée des écarts de sa compagne, c’était indispensable à l’équilibre de leur relation, basée sur une confiance totale. Maintenant Sen était fidèle, même si elle détestait ce mot. Elle trouvait assez de plaisir avec Jeanne, et trop peu avec les autres. (...)"